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De mer et de sang : la mer, la famille et la nuit

Publié le 3 juin 2026 ...

#Comprendre #Monde #Polar

Avec de mer et de sang, oin de la « mer-décor », Jean-Marie Biette ouvre un roman d’aventure où la mer est une épreuve. D’une page à l’autre, vous suivez un grand-père et son petit-fils dans les Caraïbes. Entre ces deux générations il est forcément question de mémoire, mémoire, une mémoire familiale vite parcourue de violence contemporaine. Rapide

Une entrée en mer, sans préambule

Le roman commence au large, dans une nuit de Caraïbes que l’on ne traverse pas en touriste. Pepe, marin expérimenté, navigue avec Esteban, son petit-fils de quinze ans, à bord de l’Aitana. Sur le bateau, s’installe d’abord la douce musique d’un récit de navigation , avec les gestes de quart, la météo, les rafales et les inquiétudes techniques. Ensuite, par ce le livre a pour titre « de mer et de sang »,  la nature de l’aventure évolue. La mer, qui est quand même un personnage très présent dans les livres de Jean-Marie Biette, se transforme. Elle fait sa mue pour ne plus être seulement un lieu de la liberté.

Elle devient le territoire d’une menace humaine, plus imprévisible que la tempête. Cette ouverture donne le ton : « De mer et de sang » avance par vagues successives, faisant monter un danger concret , peut-être contrebalancé  (qui sait ?) par l’attachement familial. Il n’y a pas que la mer à se jouer de l’humain. Ici, l’écriture de jean Marie cloue le lecteur au mat. S’il le détache c’est parce que ce dernier sent monter en lui une responsabilité devant l’action qui se déroule sous ses yeux…

La filiation comme ligne de vie

L’intérêt du livre tient aussi à la relation entre Pepe et Esteban. Le grand-père n’est pas un héros lisse : il porte son expérience, son orgueil de marin, ses souvenirs, ses culpabilités. Esteban, lui, n’est pas seulement l’adolescent que l’on protège . Dans certaines situations, il apprend, dans d’autres il résiste. Nous le voyons se construire  comme un adulte qui sait que l’aventure rêvée a souvent sa part de confrontation brutale au monde. Autour d’eux, la famille restée à Nantes vit l’attente à coup d’informations partielles.

Au programme donc, l’enchaînement des périls mais aussi la transmission : ce que l’on donne à un enfant, ce que l’on croit lui apprendre. Mais restera ce qu’il doit finalement affronter seul.

Un roman d’aventure traversé par l’histoire

Au fil du récit, l’intrigue quitte le simple registre du sauvetage pour ouvrir une profondeur plus large. Les Caraïbes, Haïti, la Colombie, Porto Rico, l’Espagne ou la Polynésie ne servent sont plus que des vitrines. Ces lieux construisent les strates multiples de la peur. Il a celle de l’exil, celle des trafics. Heureusement, ces strates sont contrebalancées  par des strates de  de fidélités et de renaissances. Le passé familial, marqué par la guerre civile espagnole, remonte dans le présent. Cette articulation entre aventure contemporaine et mémoire historique donne au livre toute son épaisseur., j’ai presque envie de dire son âpreté !

On lit « De mer et de sang » pour son rythme, mais aussi pour cette question plus discrète : que reste-t-il de l’ homme, quand la violence oblige chacun à choisir ce qu’il veut préserver ?


À propos de son précédent roman, lire mon précédent article ici